Windows 11 : microsoft se replie sur un produit en crise
Le lancement de Windows 11 a été accueilli avec un mélange de fascination et de déception. Promesse d’un système moderne et intelligent, il s’est rapidement heurté à des problèmes de performance, une surcharge publicitaire agressive et une interface utilisateur jugée délaissant les fonctionnalités demandées par les utilisateurs.

Une « enshittification » avérée : la dégradation progressive du produit
L’analyste Charlotte Degruson observe une tendance inquiétante : celle de la « enshittification », un terme technique désignant la dégradation progressive d’un produit pour maximiser les profits. Microsoft, semble-t-il, aurait pris conscience de cette stratégie et cherche à corriger le tir. La pression exercée par les utilisateurs, notamment ceux de la communauté Windows Insider, est désormais palpable.
Pavan Davuluri, président de la division Windows + Devices, a clairement exprimé la nécessité d’écouter les utilisateurs, faute à voir une migration vers des alternatives comme Linux ou macOS prendre de l’ampleur. Même Andy Young, ancien ingénieur de Microsoft, souligne que le problème central ne réside pas dans l’intégration de l’IA, mais dans son déploiement trop rapide et précipité, au détriment de la stabilité et de la convivialité du système.
Le projet de sauvetage interne, baptisé K2, vise à redonner vie à l’OS le plus utilisé au monde. Il ne s'agit pas d'une nouvelle version, mais d'une refonte profonde de la philosophie. L'intégration poussée de Copilot avec OneDrive, promettant des résumés instantanés de documents et une édition simplifiée, est un premier pas dans cette direction. Microsoft se concentre désormais sur la suppression du bloatware, l'optimisation des performances et la garantie d'une fiabilité accrue.
Cette stratégie repose sur trois piliers fondamentaux : le rendement, l'artisanat (une attention méticuleuse aux détails de l'interface) et la fiabilité. L'objectif est ambitieux : le menu de démarrage ne doit plus temporiser, les menus doivent être esthétiquement soignés et le système ne doit plus planter de manière aléatoire. L'utilisation des NPU et des Tensor Cores de Nvidia, affichée dans l'Administrateur de Tâches K2, témoigne de cet engagement.
Mustafa Suleyman, PDG de l'IA chez Microsoft, semble ignorer l’ampleur des critiques, affirmant que l'enthousiasme pour les capacités de l'IA n'est pas encore généralisé. Cependant, les priorités de la direction et les sensibilités des différents acteurs de l'entreprise divergent visiblement. Il semble que Microsoft ait décidé de privilégier la correction des défauts existants plutôt qu'une sortie précipitée d'une nouvelle version, Windows 12.
L'entreprise ambitionne de reconstruire la confiance avec sa communauté, en organisant de nouveau des réunions avec les Windows Insiders et en encourageant les ingénieurs à communiquer ouvertement sur les réseaux sociaux et les forums. L’objectif ultime est de transformer Windows en une plateforme de référence, suscitant fierté chez ses utilisateurs. Il reste à savoir si cette démarche, s'avérant trop tardive, sera suffisante pour inverser la tendance.
