L'autriche interdit les réseaux sociaux pour les moins de 14 ans : un pari audacieux

Vienne – L'Autriche s'apprête à prendre une longueur d'avance sur l'Union européenne en interdisant l'accès aux réseaux sociaux pour les enfants de moins de 14 ans. Cette décision, annoncée vendredi, s'accompagne d'une refonte des programmes scolaires pour intégrer une formation sur les compétences numériques et l'intelligence artificielle. Une réponse directe à l'urgence croissante de la question de l'addiction numérique chez les jeunes.

L

L'autriche prend position face à l'addiction en ligne

Le gouvernement autrichien veut promulguer une loi avant l'automne, permettant de contrôler l'âge des utilisateurs sans transfert de données personnelles aux entreprises technologiques. Cette mesure, qui nécessitera l'approbation de l'UE – un processus susceptible de durer entre trois et six mois – cible les fonctionnalités susceptibles de générer de la dépendance, plutôt que des plateformes spécifiques. « Nous ne pouvons plus perdre de temps. Il faut agir avant les réglementations européennes », a déclaré le vice-chancelier Andreas Babler, soulignant que « des entreprises multimilionnaires ont développé des algorithmes addictifs qui détournent l'attention de nos enfants pour leur propre bénéfice. »

Cette décision autrichienne intervient dans un contexte international où les pressions grandissent sur les géants du numérique. L'Australie a déjà adopté en décembre une loi interdisant l'accès aux plateformes aux moins de 16 ans. Et début semaine, un jury américain a reconnu Meta et Google responsables de préjudices causés par des produits conçus pour être addictifs, leur infligeant une amende de 6 millions de dollars. Les entreprises ont annoncé qu'elles feraient appel de cette décision.

La France et d'autres États membres de l'UE explorent des mesures similaires. L'Autriche, qui a déjà instauré un impôt digital sur la publicité en ligne, se positionne comme un acteur majeur dans la régulation des réseaux sociaux. Cette initiative vise à protéger les jeunes, mais soulève également des questions sur la liberté d'expression et l'équilibre entre protection et innovation. La décision autrichienne pourrait bien inciter d’autres pays à suivre le même chemin, ouvrant une nouvelle ère dans la gouvernance numérique.

La cifra parle d'elle-même : selon une étude récente de l'OCDE, plus de 20 % des adolescents européens déclarent être dépendants des réseaux sociaux. L'Autriche, en agissant, tente de freiner cette spirale.

Le débat sur la responsabilité des plateformes face à l'addiction est loin d'être clos. La décision de Vienne est un signal fort, mais son impact à long terme reste à évaluer.